Haïti : 3 mois après...

Retour d'Haïti

Le Frère Francis, cheville ouvrière de l'Association Tete Kolè (association d'entraide entre Saint Michel de Picpus et l'école Basile Moreau à Port au Prince) devait se rendre en Haïti au mois de février. Le tragique tremblement de terre l'a obligé à reporter son départ de quelques semaine. Il s'y est rendu finalement en avril. Il nous fera prochainement parvenir son témoignage sur ce qu'il a vu.

Ce qui est sûr, c'est que si nos médias semblent avoir "oublié" cette catastrophe, trois mois après le séisme, on n'est pas prêt de l'oublier en Haïti... Les cours ont repris dans les écoles, mais à défaut de salles de classe, ce sont des tentes prêtées par l'Unicef qui servent de classes improvisées, abritant tant bien que mal des intempéries et du soleil. Port au Prince est toujours un vaste champ de ruines, qui ressemble à un immense camp de réfugiés, les habitants ayant planté des tentes là où c'est possible, parmi les décombres.

Les haïtiens continuent de s'organiser pour faire face et parer au plus urgent. Ils continuent de compter sur vos prières et votre soutien. N'oublions pas Haïti !


Les cours ont repris à Basile Moreau, à l'abri d'une tente de l'Unicef...

 Les photos du Frère Francis sont disponibles sur cette galerie.

Des habitants qui ont tout perdu, leur maison, leur vie d'avant, se sont entassés dans le centre-ville transformé en immense camp de réfugiés. Ils réclament désespérément de l'eau, de la nourriture et des médicaments. Avec les heures qui passent, la température qui augmente, la situation empire. Certains en viennent à boire l'eau insalubre des fontaines publiques.

Le collège Basile Moreau à Port au Prince a été durement touché. Les bâtiments du primaire et du secondaire sont détruits à plus de 80%. Des centaines de familles sont sinistrées.

Voir les photos

Vous pouvez, dès à présent, adresser un don qui sera entièrement consacré à la reconstruction de l’ensemble scolaire Basile Moreau et aux urgences des élèves et de leurs familles.

Diaporama créé par Marlène.

 

Courrier du Père Michel Eugène csc, supérieur provincial d'Haïti

 

Port-au-Prince essaie de se relever malgré d’immenses inquiétudes. Il n’y a pas d’évidence que les pouvoirs publics aient compris qu’ils ne puissent pas se contenter de rafistoler la ville pour qu’elle soit juste presqu’aussi mauvaise qu’elle a été ces dernières décennies et qu’il faut des mesures courageuses, impopulaires et, sous quelques aspects, radicales. L’aide d’urgence est distribuée généralement de manière anarchique. En ce sens, les organismes non gouvernementaux n’ont pas plus de succès que le gouvernement. Et la confiance en la capacité des ONG d’acheminer l’aide aux plus nécessiteux s’amenuise. Plusieurs témoignages font état de personnes qui sont mortes ces derniers jours par dépit. Elles sont, pour la plupart, des gens de la classe moyenne, natifs de Port-au-Prince, qui refusent d’aller se battre à coups de poing pour recevoir l’aide alimentaire. C’est une nouvelle catégorie de démunis qui sont de plus en plus en danger. On y trouve des parents de religieux de Sainte-Croix, des gens de nos paroisses, des professeurs, des étudiants, mais aussi d’anciens de nos établissements scolaires.

Nous avons commencé à développer des créneaux pour les atteindre. Nous essayons de leur venir en aide avec nos maigres moyens particulièrement à Turgeau mais aussi à Bizoton et à Waney. Fort heureusement, nous avons reçu de l’aide de la Coopération Jésuite. Nous avons pu soulager un plus grand nombre de personnes pour quelques jours. De plus en plus, les communautés religieuses se présentent comme des médiums sûrs par où peut transiter l’aide d’urgence pour atteindre la population. La distribution des premières aides reçues par les Jésuites en témoigne.

Par ailleurs, nous faisons des tentatives répétées dans le Nord pour la reprise des activités scolaires afin de revenir le plus vite que possible à la normale. C’est l’une des stratégies les plus sûres pour métaboliser le traumatisme des secousses meurtrières du 12 janvier. Nous devrons recevoir dans nos écoles des élèves sinistrés de Port-au-Prince. Nous cherchons des moyens pour financer leurs études. Leurs parents sont morts, blessés ou ont tout perdu à Port-au-Prince. Au Collège Notre Dame, les religieux regroupent les jeunes sinistrés de Port-au-Prince, originaires du Cap pour les aider à rebondir. Cette même initiative est prise dans nos paroisses du Borgne, de Caracol, de Pilate et de Petit-Bourg-du-Borgne. Le nombre de personnes se présentant pour cet accompagnement de groupe ne cesse d’augmenter. À noter que l’aide d’urgence fournie par les ONG n’atteindra probablement jamais les déplacés de Port-au-Prince.

Il nous parait de plus en plus clair qu’il nous faut nous engager dans l’accompagnement des personnes traumatisées en y mettant du temps, de l’énergie, du zèle et de l’argent. Il y a une demande croissante en ce sens. J’ai personnellement fait jusqu’ici beaucoup d’intervention comme psychologue dans le Nord à la radio, auprès de groupes spécifiques (par exemple auprès des professeurs des écoles congréganistes), auprès d’individus.

Merci de votre support. [...] Merci à tous les généreux donateurs.

Bien à vous en Sainte-Croix,

Père Michel Eugène csc

 

Localiser les communautés CSC de Port au Prince avec Google Maps :

Maison Provinciale : la partie administrative (toit en tôle grise au dessus du bâtiment marqué par la flèche) est détruite ainsi que la partie ajoutée récemment (bâtiment situé en dessous de celui marqué par la flèche). Seule demeure la maison d'accueil (toit en terrasse marqué par la flèche).


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Ecole Basile Moreau : le "pâté vert" au centre de la carte est l'école Basile Moreau. Le bâtiment du secondaire s'est écroulé, les dalles des étages s'étant entraînées avec le poids de la chute. Certains bâtiments sont fissurés... Il faudra des mois avant d'obtenir l'étude des sols qui doit être faite impérativement avant d'envisager une quelconque reconstruction...

 
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Courriel reçu du Père Michel Eugène, supérieur de la Province d'Haïti, le 26 janvier

Chers confreres,

Quatorze jours après les secousses meurtrières, Port-au-Prince donne l’impression de recommencer à vivre. C’est en partie grâce à la reprise de certaines activités commerciales et à la disponibilité du carburant. Dans certaines artères de la capitale, n’était-ce les stigmates du tremblement de terre que sont les bâtiments pulvérisés, on aurait l’impression que tout est revenu à la normale. Ce retour précoce « à la normale » est aussi, fort probablement, dû à la formidable résilience du peuple haïtien.

Il est déjà venu pour nous l’heure de dresser un premier bilan, de commencer sérieusement à panser les plaies en profondeur et de faire face à la construction de l’avenir. En plus de la mission des religieux et des religieuses d’accompagner le peuple et de stimuler l’Église d’Haïti frappée en plein cœur, ils doivent faire face à une réalité redoutable et consternante, au niveau de leurs Congrégations respectives. [...]

La plupart des maisons de béton construites une fois pour toutes, à l’épreuve des cyclones et des secousses sismiques inférieures à une magnitude de 6.0 (échelle de Richter) ont cédé. En conséquence, un bon nombre de religieux vivent actuellement dans la rue comme l’ensemble des familles de Port-au Prince.

Sainte-Croix, comme les Congrégations de pères et les diocèses, doit trouver une solution pour la poursuite de la formation philosophique et théologique des candidats au sacerdoce. Le Grand Séminaire est réduit à un amoncellement de débris, CIFOR (Centre Inter-Instituts de Formation Religieuse) de même. Ces institutions ne pourront pas se relever dans les jours, voire dans les mois qui viennent. Il nous faut inventer des alternatives. Nous avons déjà commencé à dessiner des scénarios. Ils sont pour la plupart coûteux ou nécessitent la collaboration directe d’autres secteurs de la Congrégation. Quelques-uns passent par une coopération étroite avec d’autres Congrégations pour créer une ou des structures provisoires tout en travaillant, par ailleurs, à reconstruire CIFOR et à participer à l’effort de la reconstruction du Grand Séminaire. Nous devons accompagner et offrir des alternatives de formation à une vingtaine de jeunes. Plusieurs scolastiques de Sainte-Croix vivent difficilement cette situation de précarité et attendent impatiemment de nous des solutions. Nous avons pris provisoirement la décision conservatoire de les envoyer dans des communautés locales situées dans le nord pour qu’ils puissent se refaire tout en se rendant utiles. Pour le moment, ils ne savent quand ni où ils pourront poursuivre leur formation philosophique et théologique.

Voilà! Nous voulions partager avec vous la plupart des questions qui nous habitent. Il y en a bien d’autres, mais nous vous faisons grâce du reste. La banque avec laquelle nous faisons affaire, la SOGEBANK, a recommencé à servir sa clientèle samedi dernier. Cependant, un des cadres de la SOGEBANK m’a dit encore hier qu’ils ne sont pas encore prêts à traiter des transferts d’argent de l’étranger. Ce sera certainement possible dans les jours qui viennent. Je vous ferai signe.

Michel Eugène csc

Message reçu d'un membre de l'association Tet Kole (parrainage d'enfants haïtiens par l'ensemble scolaire Saint Michel de Picpus)

On ne sait pas si tous les élèves sont vivants. Tous ne se sont pas présentés à l'école. Le séisme a eu lieu à l'heure où les cours finissaient : certains étaient rentrés chez eux (un élève a été identifié dans les ruines de sa maison), d'autres encore étaient à l'école à assister depuis les galeries d'un des bâtiments détruits à un match de foot ou ailleurs : 2 corps d'élèves on été sortis des décombres, une quinzaine grièvement blessés. Et l'année scolaire est fichue, de toute façon.

Nous récoltons donc MAINTENANT des fonds pour la future reconstruction de l'école. [L’argent] qui a déjà pu être envoyé en Haïti, lui, va servir au directeur de l'école, le Père Pyritho (directeur, ndlr), à nourrir les élèves et leurs familles réfugiés dans sa cour... seule aide d'urgence que nous soyons en mesure d'apporter.

Le Père Pascal interviewé sur Haïti dans le JT de France 3 Pays de la Loire du 19 janvier 

Autre lien vers l'interview vidéo du P. Pascal

Message reçu du Père Michel Eugène, supérieur de la Province d'Haïti le 19 janvier

Chers confrères,

Au nom de la Province d’Haïti, je vous remercie sincèrement de toutes les marques d’affection, de toutes les messes célébrées hier et en cours de semaine pour Haïti et pour les religieux de Sainte-Croix haïtiens. Nous avons besoin de cette solidarité pour tenir et rebondir. C’est le mieux que vous pouvez faire pour l’instant. Comme je vous ai dit, les transferts immédiats d’argent ne sont pas la meilleure option d’aide pour l’instant. Nous en aurons besoin…Dieu seul sait… mais ce sera pour les jours qui viennent. Maintenant, nous avons surtout besoin de savoir que nous ne sommes pas oubliés et que vous restez solidaires de vos confrères haïtiens. Le partage de biens n’est possible aujourd’hui qu’à l’intérieur du pays. Je salue les efforts ingénieux des confrères du sud et du nord qui profitent de chaque petite occasion pour nous approvisionner (nous et nos réfugiés). Nous avons actuellement ce qu’il nous faut pour une bonne semaine.

Nos réfugiés : certains sont partis; d’autres nous arrivent. Les Oblates sont parties; elles ont rejoint l’une de leurs maisons du côté de Petite-Place-Cazeau. Les séminaristes sont partis pour leurs diocèses respectifs. Les parents et proches des confrères transitent à Turgeau. Tous les jours, nous en recevons; nous organisons des départs vers le nord. D’anciens paroissiens passent aussi chez nous tout comme nos employés et leurs proches vivant à Port-au-Prince.

Samedi soir, nous avons pu faire dégager l’entrée principale de CIFOR et récupérer la génératrice et trois minibus appartenant à Sainte-Croix, aux Oblats et aux Caméliens. Il y avait plusieurs tentatives de pillards pour les voler. La caméliens ne se sont pas encore présentés pour reprendre le leur. Cette opération avait ouvert la voie au dégagement des corps des séminaristes décédés. Le matériel lourd du CNE les a libérés des blocs de béton, hier en cours d’après-midi.  Des dispositions sont prises pour la récupération de matériels à CIFOR avant que les pillards ne reviennent. En plus de ce que nous faisons à Turgeau, à Bizoton et à CIFOR, nous apportons notre concours dans l’organisation de l’aide. Nous comptons bientôt offrir notre expérience dans la cellule d’aide psychologique à la population.

Mille mercis pour votre solidarité, pour les levées de fonds que certains d’entre vous ont déjà entreprises et pour les offres d’aide de toute sorte. Merci de nous donner l’impression que nous ne sommes pas seuls. Le secrétaire exécutif est en train de prêter main forte dans les rues de Port-au-Prince. Prière de passer ce message s’il vous plaît à toutes nos connaissances.

Michel Eugène csc

Photos d'Haiti : Ecole Basil Moreau et maison provinciale de la Congrégation

 

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